De la jungle à l’hôpital

17/05/2026


Ce qui ressemble à un fétu de bois inoffensif est en réalité une arme redoutable : des fléchettes dont l’extrémité est enduite de curare. Le curare est une substance extraite notamment de lianes de Strychnos toxifera, utilisée pour la chasse depuis des siècles par les autochtones amazoniens. 

Le curare bloque la transmission entre le nerf et le muscle, entraînant une paralysie musculaire progressive jusqu’à l’arrêt du cœur. Cet effet n’est observé que si l’agent est délivré de manière parentérale, c’est-à-dire indépendamment du système digestif (entérale). L’ingestion de curare n’est que très peu toxique, alors qu’une « injection » peut-être fatale. C’est pourquoi la chasse au curare préserve la comestibilité du gibier. 

Connu en Europe depuis le XVe siècle, le curare s’est petit à petit imposé dans les salles d’opération au début XXe siècle. Alors qu’injecté, il ne fait pas perdre conscience, ne supprime pas la douleur et n’endort pas, pourquoi l’utiliser ? 

Parce qu’associé en petite dose à un produit anesthésiant, il permet une meilleure relaxation musculaire, une diminution des doses d’anesthésiques et de certains risques liés à ceux-ci. Aujourd’hui, il a été remplacé par des curarisants synthétiques ou semi-synthétiques plus sûrs.

Ces fléchettes empoissonnées visibles au musée de la pharmacie de l’ULB sont  en quelque sorte les ancêtres des seringues, un exemple remarquable de transformation d’un savoir ethnopharmacologique . 



Strychnos toxifera © Köhler's Medizinal-Pflanzen  


Photo vignette © Christian Du Brulle