Figé dans la pierre depuis 48 millions d’années, le poisson-lune Mene rhombea, visible à l’Aquarium-Museum de l’ULiège, nous en dit long… grâce à ses rayures. Ce fossile, découvert à Monte Bolca, près de Vérone, en Italie, appartient à une lignée presque entièrement disparue. Aujourd’hui, un seul cousin lui survit : Mene maculata, un poisson tropical de l’Indopacifique.
À quoi servaient ses rayures ? À survivre. En étudiant ses motifs de couleur, les chercheurs ont pu reconstituer son mode de vie. Contrairement aux poissons-lunes actuels, qui vivent en groupe près des côtes et mangent de petits invertébrés, M. rhombea évoluait jusqu’à 1 000 m de profondeur, dans des zones sans rochers ni cachettes.
Dans cet environnement hostile, les rayures horizontales faisaient office de GPS collectif : elles permettaient aux poissons de rester groupés. En banc, ils devenaient aussi plus difficiles à attraper. Les rayures créaient un effet de confusion, empêchant les prédateurs de viser une proie précise. Mieux encore : des restes de sardines retrouvés dans son estomac fosilisé confirment qu’il était lui-même un chasseur de poissons.
Ces motifs diffèrent de ceux des poissons-lunes actuels, passés de rayures à des taches. Un indice fort d’un grand changement : en 48 millions d’années, ces poissons sont passés des océans ouverts aux eaux côtières peu profondes, avec à la clé une évolution de leur couleur… et de leurs gènes.
© 2022 V. Rossi et al. Palaeontology published by John Wiley & Sons Ltd on behalf of The Palaeontological Association
Photo de couverture © Christian Du Brulle



